Quand les entreprises font territoire

Quel pourrait être le point commun entre un lunetier, un géant de l’industrie bretonne et une boîte de nuit ? Le territoire du Bas-Chantenay à Nantes. Comment mettre autour de la même table un lunetier, un géant de l’industrie bretonne et une boîte de nuit ? C’est le défi qu’ont tenté de relever Véronique Meunier et Tom Merlier, consultants en Economie circulaire au sein d’Auxilia.

Votre auteur et interlocuteurSamuel SAUVAGE

Samuel SAUVAGE

Directeur de projets Economie circulaire et Numérique responsable

Dans un contexte d’urgence climatique, la métropole de Nantes mène une politique de transition écologique ambitieuse et est convaincue de la nécessité d’embarquer les acteurs économiques locaux pour l’accélérer. Dans ce sillage, depuis 2022, l’équipe de l’expertise Economie circulaire d’Auxilia a accompagné la mise en œuvre d’un collectif inter-entreprises sur le secteur de Bas-Chantenay à Nantes, sur le modèle de l’écologie industrielle et territoriale (EIT).

«L’enjeu est de réussir à fédérer autour d’une dynamique commune afin de favoriser le partage de bonnes pratiques et la mutualisation » – Décideur d’une entreprise du Bas-Chantenay

L’objectif est la création d’une coopération entre les entreprises très diversifiées du territoire afin de trouver des solutions mutualisées sur des thématiques comme la mobilité, l’énergie, les services ou encore les déchets. Comment créer du lien et des synergies en faveur de la transition écologique entre des entreprises aussi hétéroclites que celles qui peuplent le quartier du Bas-Chantenay ?

Situé le long de la Loire, le Bas-Chantenay est un quartier hybride en pleine mutation où se rencontrent identité industrielle historique, installation récente d’entreprises et habitations. C’est un site emblématique et dynamique mais aussi « un tissu très hétérogène qui réunit beaucoup d’acteurs différents et, malgré une proximité immédiate, qui ne se connaissaient pas du tout » explique Tom.

Après moins de 2 ans d’accompagnement, ce projet est prometteur car il a donné naissance à l’association « Le collectif des Entreprises du Bas-Chantenay » regroupant quatorze entreprises fondatrices, doté d’un bureau et d’une assemblée générale. Alors qu’il existait peu de dialogue entre les acteurs, aujourd’hui près de trente-cinq structures contribuent de près ou de plus loin à cette dynamique collective et l’association agit concrètement pour initier des actions de transition écologique. Par exemple, mi-février s’est tenu un focus group dédié au traitement et la gestion des déchets et notamment des biodéchets.

« Sans la proposition de Nantes métropole et l’animation d’Auxilia, les entreprises du quartier n’auraient jamais lancé cette expérimentation d’elles-mêmes » témoigne un membre lors des retours d’expérience.

Pour les équipes d’Auxilia trois grands facteurs de succès, et les points de vigilance qui en découlent, méritent d’être soulignés :

Partir du territoire

Les disparités d’identités des entreprises, un historique parfois contreproductif et le temps disponible contraint ont été des freins à la création d’une dynamique. Il a donc fallu repartir du dénominateur commun des entreprises : le territoire. « Il y a eu un vrai sujet d’ancrage du territoire » explique Véronique. Cette appartenance territoriale a permis de poser les premiers jalons du collectif : l’étude des atouts et faiblesses du Bas-Chantenay, son identité, ses besoins en termes de services, de mobilités, d’énergie, de déchets ont constitué un diagnostic préalable indispensable. Il a permis d’identifier les potentiels enjeux communs des entreprises et donc leurs points de convergence, les sentiments d’urgence à mobiliser afin d’engager les acteurs.

« Cela a permis de s’approprier un peu plus et mieux l’avenir du quartier. La notion de territoire a jailli de ces rencontres. » – Participante au focu group

Trouver le bon équilibre dans la sollicitation des entreprises, entre exigence de création d’un collectif et identification de synergie

Suite au diagnostic du territoire, des ateliers inter-entreprises ont été organisés afin de sensibiliser et d’identifier des enjeux communs. Lors de ces ateliers, Auxilia a fait intervenir d’autres collectifs d’entreprises. Ils furent l’occasion non seulement d’informer sur diverses thématiques, mais aussi de faire connaissance et d’identifier les synergies possibles.

Résultat : l’émergence d’un climat de confiance, un collectif sain, sans conflits « d’ego ». Des synergies identifiées, cinq groupes de travail thématiques sur quatorze potentiels ont été réalisés autour des sujets suivants : l’énergie, le service aux salarié.es, la prestation aux entreprises, la gestion des déchets et la restauration. Ces travaux opérationnels en petits groupes ont permis de co-construire des plans d’actions et en a découlé une mise en œuvre concrète comme la mise en place d’une distribution de paniers de fruits et légumes aux adhérents. La difficulté a été de trouver le bon rythme entre une mobilisation trop forte et très espacée, toutes deux pouvant entrainer le désengagement des participant.es.

Consolider une gouvernance efficace

Une des problématiques rencontrées a été la difficulté des acteurs à s’approprier la dynamique lancée. Il n’y a pas eu de prise de lead permettant d’entraîner les autres participant.es dans une gouvernance partagée. Alors, la co-construction d’un plan d’actions opérationnel, pertinent et adapté au contexte a été centrale. Elle a permis de garantir les conditions de succès de sa mise en œuvre et sa pérennisation.

Ces constats confirment ce qu’avaient montré Auxilia et ses partenaires lors d’une étude sur la « pérennité des démarches d’écologie industrielle et territoriale », où trois types de pérennité étaient mis en avant : la gouvernance (pérennité organisationnelle), les activités et réalisations concrètes (pérennité opérationnelle), le modèle économique (pérennité économique).

Maintenant que l’association bat son plein avec l’embauche récente d’un salarié, quel est leur prochain défi ? La création d’un évènement propre autour de l’Ecologie Industrielle et Territoriale.

« Cette dynamique réouvre le lien qu’il peut y avoir entre une entreprise et son territoire » explique Véronique. Cet ancrage du territoire se retrouve d’ailleurs dans leur logo illustrantle lien des entreprises avec leur territoire, enjeu important de la transition écologique et point de départ pour accélérer concrètement des projets d’économie circulaire.

A l’heure où la dynamique de mondialisation décline, l’organisation de collectifs plus résilients est un gage de pérennité économique. A Nantes comme ailleurs, le temps de l’action est venu.

 Cet article a été coécrit par Samuel Sauvage et Irina Loiseau.

 

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